Sixième lettre et demie
- 15 févr.
- 8 min de lecture

Alors qu’il fait un temps à se plonger dans une piscine de Xanax, j’ai organisé une réunion avec moi-même afin de statuer sur le devenir des deux Lettres qui n’ont été adressées qu’aux abonnés philanthropes (ceux-là mêmes qui ont fait un don, mensuel ou ponctuel).
J’avais, en effet, ce projet très capitaliste finalement de clairement distinguer entre :
les grosses pinces, qui se sont abonnés sans faire de dons ;
Les généreux philanthropes, qui, eux, ont accepté de financer la recherche. En plus, ces derniers sont dotés d’un physique extrêmement avantageux, qui s’accorde parfaitement avec la bonté de leurs âmes. Certains m’ont même rapporté qu’ils étaient devenus extrêmement beaux APRÈS avoir fait un don. Je vous laisse en tirer les conclusions qui s’imposent.
Mais ce projet, visant à créer une belle injustice fondée sur la richesse financière, et que la SNCF aurait applaudi si elle avait des mains, s’est heurté à la réalité oculaire, comme je vous l’ai déjà indiqué.
Deux mois après que la première classe d’abonnés ait pu lire, en exclusivité, deux numéros réservés, j’ai voulu les sortir du cercle confidentiel et élitiste, et les envoyer à tous les autres abonnés. Même les gros crevards.
Je vous charrie, amies et amis les pinces, mais il est très probable qu’à votre place, je n’aurais pas donné un seul centime. Parce que bon, c’est trop chiant: on doit donner pour tout, tout le temps. J’ai choisi il y a longtemps de donner pour le climat, l’environnement, et de faire la sourde oreille aux autres problèmes.
Bon ok, je donne depuis 150 ans à Médecins du Monde et la Croix Rouge (il me semble). Mais c’est tout. Je voulais concentrer mes actions sur le climat, et c’est d’ailleurs une de mes plus grandes fiertés: je sais que j’ai contribué à replanter des dizaines de milliers de palétuviers grâce à Planète Urgence, une ONG géniale que j’aime très fort ❤️
Bref, amis lecteurs : comme vous êtes environ 6 fois plus d’abonnés « gratuits » que de philanthropes généreux, intelligents et extrêmement beaux, et que de toute façon, j’ai « ôté » cette « 1ère classe » de lecteurs, votre présente Lettre est donc un mix des deux exclusives. Ce n’est donc pas à proprement parler la 7ème Lettre, qui va suivre, mais plutôt la Sixième Lettre Et Demie.
J’ai supprimé le superflu pour ne garder que l’essentiel. Il n’y a aucun lien entre les sujets qui arrivent, parce qu’ils ont été écrits à plusieurs jours d’intervalle. Vous allez donc vous retrouver dans du paranormal (ouuuh!), du développement personnel de comptoir, et un graphique.
Je m’excuse platement auprès des Généreux Philanthropes Extrêmement Beaux et Intelligents (GPEBI): vous avez déjà lu ces lignes. Mais grâce à votre immense mansuétude, les gens de la classe économique pourront les lire également.
Décidément, votre grand cœur n’a pas d’égal.
À part, peut-être, ma flagornerie.
Mais merci, parce que vous êtes simplement géniaux. ❤️
Bonus track #1 : Parlons…de paranormal (Ouuuuh!)
Je ne sais pas si vous avez le son, mais si je colle « Ouuuuuh » à chaque fois que j’écris « paranormal » (Ouuuuuh!), eh ben ça me fait rire tout seul.
Pour commencer : le paranormal (Ouuuuh!), je n’y crois absolument pas. Sans doute prisonnier de mon carcan cartésien caractérisé (c’est pas une allitération ça ?) par des années de lectures scientifiques, je ne jure que par un principe de nécessité, et il me semble que les fantômes, la vie après la mort, l’âme, le Grand Barbu assis sur un nuage, toussa, c’est bien beau, mais c’est comme les licornes et les fées : ils ne sont pas nécessaires. Ce serait bien, mais ils ne sont pas (a priori) utiles pour expliquer la nature.
On a imaginé comme ça tout un tas de choses qui se sont avérées parfaitement inutiles pour expliquer le monde : la voûte céleste sur laquelle sont accrochés les étoiles, la Terre au centre de l’univers, la Terre plate, l’éther (pour que la lumière ait un milieu dans lequel se propager), Zeus pour les éclairs…
À chaque fois qu’on était incapable d’expliquer un phénomène complexe, hop, on sortait une théorie encore plus compliquée, qui sous entendait des choses totalement improbables, mais on faisait semblant de pas s’interroger, les religieux de toute nature ayant une tendance réflexe au barbecue dès qu’on les questionne un peu (par exemple : si l’âme est réelle, qui la fabrique, car nous sommes 8 milliards désormais ? Comment peut-elle être immatérielle, et influencer la vie ? Comment une âme se « télécharge » dans un corps, par quelle énergie ?).
Pour ma part, bien que cela me rende triste, je ne crois pas du tout au concept d’âme: je ne vois pas en quoi c’est nécessaire.
Alors évidemment, la science n’explique pas tout, mais quand même, elle a résolu un bon nombre d’énigmes. Ce qui m’amène au sujet du jour, car j’aimerais une explication rationnelle autre que « c’est une coïncidence ».
Je vais vous raconter trois choses qui m’ont un peu perturbé.
La Dernière Conférence
En 2020 ou 2021, en plein Covid, je me souviens d’une soirée passée au bureau, seul, tranquille à travailler sur une conférence. Je cherchais un moyen de démontrer en un seul schéma l’aberrante logique de notre système économique, et, partant, comment le remettre dans le bon sens. Après des heures de griffonnage, j’ai enfin réussi à représenter le truc (Leadershit & leadershift). C’était un de ces moments eurêka qui sont si précieux, je m’en rappelle encore avec émotion.
Surtout, je me souviens nettement du sentiment qui m’a alors envahi : ce schéma englobait tellement tout ce que je voulais dire, que c’était forcément ma dernière conférence. Je n’avais plus rien à dire de plus. C’était très étrange, étant donné que j’étais conférencier. C’était mon métier, j’adorais ça, ça payait très bien, pourquoi diantre vouloir arrêter ? Pourtant, c’était très net : je sentais que ce serait ma dernière conférence.
Spoiler : c’est le cas.
Le dernier GR20
Juillet 2022: avec mes bros Florian, Guillaume et Thomas, nous partons (re) faire le GR20. On vise 8 jours, et pour ne pas, cette fois, trimballer la nourriture, nous optons pour les repas en refuge. On s’est donc pris une petite cuite chaque soir, évidemment, on était les derniers couchés (aaah, ce Uno-Pietra-Myrthe), et les derniers à partir le matin. Mais on marchait bien, et on a tenu le planning.
On a tellement rigolé surtout, que là encore, j’ai dit à plusieurs reprises que c’était le dernier GR20 de ma vie, parce qu’il était trop parfait pour être refait.
Spoiler : sauf miracle de la médecine, c’est bien le dernier. Deux mois plus tard, premiers symptômes de la SLA. J’aurais dû, encore une fois, me la fermer, je ne savais pas que les Scénaristes de la Vie écoutaient aux portes (de tentes).
La mortelle séparation
Septembre 2022: devant mon refus d’obstacle - le mariage et les enfants - Sabrina et moi arrivons à la conclusion que la séparation est inévitable. Sans heurt, sans violence, juste une triste lucidité.
Sabrina trouve alors un appartement proche de son travail, et nous planifions son déménagement un dimanche, mi-septembre.
La nuit qui précède ce dimanche, je suis envahi par une très forte émotion : celle qui vous prendrait aux tripes si l’on vous annonçait que vous ou votre moitié sera exécuté le lendemain matin. Arbitrairement. C’est ce sentiment d’une cruauté arbitraire, fatale, qui m’a frappé. Une perte inacceptable, indicible, affreusement douloureuse, et surtout, illogique, injuste, injustifiée. Je me souviens très bien de cette immense sensation de peur : demain, c’est la mort, sans raison.
Précision utile : ce n’était pas ma première rupture, mais jamais je n’avais expérimenté un tel sentiment de mort injuste. Une rupture, c’est triste, mais ça, c’était différent.
Spoiler : le lendemain, j’ai eu mon premier symptôme, dans la jambe droite. Début de la SLA, à peine quelques heures après ce sentiment de mort.
Spoiler bis: on a pas réussi à se séparer, on s’est marié, et Pia est arrivée. Elle a 4 mois la semaine prochaine, et tout cela est la meilleure chose qui me soit arrivée. Pour le coup : merci aux Scénaristes.
Conclusion
D’où peuvent venir ces intuitions ?
Je soumets maintenant à votre sagacité ce petit récit. Est-ce pure coïncidence que tout ceci ? Serais-je légèrement borné et aveugle à l’évidence paranormale (Ouuuuh!)? Avez-vous des exemples similaires ?
À vous de me dire !
Bonus track #2 : Vous êtes la moyenne des 5 personnes que vous côtoyez le plus.
C’est Tim Ferriss, un mec qui passe sa vie avec des gens exceptionnels et qui déconstruit leurs habitudes, pensées, logique, et qui en fait des livres vendus à des millions d’exemplaires, qui m’a écrit cette phrase en guise de dédicace, et de réponse à ma question : « Tim, on a créé une entreprise au même âge, on a écrit notre premier livre au même âge, le deuxième aussi, et on a la même coiffure accessoirement. Mais dans tout ce que tu fais, il y a 12 zéro en plus. Comment tu expliques ça ? »
Il a d’abord rigolé, puis réfléchi, et a écrit cette phrase dans mon exemplaire de son best-seller. Elle n’a rien de compliqué à comprendre, mais elle est diaboliquement juste.
Entourez-vous de personnes intelligentes et vous deviendrez l’une d’entre elles. On se rend compte à quel point il est important de bien choisir ses amis et sa femme ou son mari.
Cynique ? Oui. Mais la vie est cynique, injuste, absurde. Il vaut mieux en connaître les règles plutôt que de les subir. Vous êtes insatisfaits de votre vie ? Regardez, objectivement, avec qui vous la passez. Et agissez en conséquence. On ne demande qu’à être tiré vers le haut, mais pourtant, on campe dans la facilité de ce que l’on connaît. Quel gâchis, vous ne trouvez pas ?
Allez, je vous laisse prendre le temps de scanner froidement vos 5 relations les plus proches. De mon côté, deux de ces dernières ne parlent pas français, bavent ou se font dessus: mon auxiliaire de vie philippin, et Pia. Ça ne présage rien de bon pour mon QI!
Mon auxiliaire ne bave pas ni ne se fait dessus, hein, je parlais de ma fille. 4 mois, et elle n’est toujours pas fichue de parler correctement sans faire de fautes d’accord !
(Cette rubrique n’est pas sponsorisée par un avocat spécialisé en divorce)
Oh, une dernière chose
J’avais prévu de vous parler de mon auxiliaire de vie, justement. Hier, je me suis donc lancé dans la narration d’une petite anecdote, et je me suis retrouvé, une heure après, au milieu d’un roman. Léger besoin de vider mon sac, semble-t-il. Si j’avais inclus ce texte ici, vous auriez dû poser un jour de congé pour lire cette lettre.
Gardons-le pour la prochaine !
À la place, je vous propose un petit graphique - c’est toujours bien d’avoir un graphique, ça donne l’air scientifique. Pour l’astrophysicien raté que je suis, c’est important.
Observant, donc, ma fille grandir avec attention, j’ai remarqué qu’elle et moi étions très synchros, mais dans une relation strictement inverse.

Vous aurez remarqué que la courbe en noir, c’est moi, et Pia est en jaune. J’espère ne jamais atteindre le stade « immobile », et que la recherche va trouver avant comment me soigner. J’aimerais tellement pouvoir gravir ma courbe en sens inverse, et être capable de discuter avec Pia dans quelques années !
Si nous sommes assez nombreux dans ce projet OneMoreChose, la recherche aura suffisamment de moyens pour y parvenir.
(Vous n’avez pas idée de la galère que j’ai vécue pour faire ce graphique, l’IA m’a donné du fil - du câble, plutôt - à retordre)
(25 tentatives infructueuses)
(J’espère que c’est pas cette IA qui va devoir chercher le traitement contre la SLA)
(J’arrête les parenthèses)
(Oups)





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