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Huitième lettre

  • 23 avr.
  • 10 min de lecture


Bon.

Ça fait un moment qu’on s’est pas vu.

Je ne sais même pas comment commencer à vous expliquer pourquoi, tellement les journées sont chargées. Jamais de ma vie je n’ai autant travaillé sur un seul sujet comme ça, concentré du matin au soir. Cette saleté de SLA a forcément une faille, et je veux la trouver. On envoie des sondes sur des astéroïdes à l’autre bout du système solaire, on fait des ordinateurs quantiques, et on bute sur une même maladie depuis 150 ans ? C’est inacceptable.  

Si je devais résumer ce qui m’accapare nuit et jour, ce serait en vous disant que je suis surtout focalisé sur deux choses :

 

  • la recherche d’un traitement grâce à l’IA

  • La recherche de fonds pour l’institut Charcot 

 

Le premier sujet est évidemment beaucoup plus intéressant que le deuxième; mais il faut bien des sous pour les chercheurs. L’une d’entre elles m'a dit ce matin qu’elle avait des dizaines de molécules à tester sur des modèles SLA de poisson, mais que faute d’avoir une personne dédiée dans son labo, ça prenait beaucoup plus de temps. Alors que peut-être que parmi ces molécules, il y a le traitement. Elle doit donc trouver comment faire plus avec moins ; elle était encore au labo le weekend dernier pour avancer.

Le niveau d’engagement et de débrouillardise nécessaire aux chercheurs pour simplement faire leur travail, c’est impressionnant. Et triste. Nous devrions chouchoutter nos scientifiques.

 

Vous allez me dire : mais, Nico, t’es gentil, mais t’es pas neuro scientifique. C’est vrai : mes études m’ont essentiellement appris à faire des jolis PowerPoint. Mais ça, c’était avant l’IA. Désormais, un chimpanzé dernier de sa classe peut faire des choses dingues avec l’IA. Me sentant proche de ce sympathique primate, j’ai décidé de ne pas avoir de complexe et d’y aller à fond.

 

Dans cette 8ème Lettre OneMoreChose, je vais essayer de vous raconter un peu les choses - ce sera évidemment subjectif, partial et incomplet, mais je m’en cogne, c’est moi qui écris. Il est en tous cas fort probable que je me fasse plaisir à jouer le héros, au cas où Pia tombe un jour sur cette Lettre.

Mais avant cela, place à la rubrique qui tente de vous être utile.

 

DÉVELOPPEMENT PERSONNEL DE COMPTOIR 

 

Aujourd’hui, on va faire court : l’essentiel tient en quelques mots. Et j’ai plein de choses à vous raconter !

 

Lorsque vous faites quelque chose d’important, vous le savez. Vous le sentez. Ça vous bouffe. On va pas se mentir : ça arrive rarement, dans ce monde rempli de bullshit jobs. On passe notre temps à faire des choses, certes, mais c’est bien souvent des choses à la con. On fait des rapports à la con, des présentations à la con, des réunions à la con. On le sait pertinemment, mais il faut bien gagner sa croûte, nesspas. J’ai passé 10 ans à faire - en partie - la même chose: courir après les clients pour pouvoir payer les salaires des employés pour pouvoir aider les clients. Et au final, ce n’était pas ça l’important, c’était les rencontres. Les gens, derrière les clients.

Devoir quitter le monde du travail à cause de la maladie, ça m’a d’abord flingué le moral. J’étais un chef d’entreprise, j’étais conférencier ; et même si je ne me suis jamais pris au sérieux, ça m’a défini socialement pendant des années.

Puis, pof, terminé. Trop tôt, trop vite, pensais-je.

Que n’ai-je pas mal pensais-je!

 

Ce vide m’a permis de démarrer la deuxième partie de ma vie, celle qui, j’espère, sera réellement utile au monde. Libéré, délivré (🎵) du rouleau compresseur du « système », j’ai pu me plonger dans la recherche d’un traitement pour Charcot.

 

(Après « SLIP » au lieu de « SLA », la nouvelle marotte de ma tablette, c’est de mettre systématiquement « Charcuterie » à la place de « Charcot »)

 

Et, pour la première fois de ma misérable existence, j’ai l’impression de faire vraiment avancer les choses. Parce que je ne fais plus que ça, tout le temps ; mon cerveau est en feu, il réfléchit sans arrêt - je me surprends parfois à essayer de modéliser tdp43 (protéine qui part en sucette dans 97% des SLA) de tête, en m’endormant, chose qui est impossible évidemment. 

À force de côtoyer les excellents chercheurs de l’institut Charcot (charcuterie), j’ai fini par comprendre un peu la SLA, et j’ai surtout réussi à les embarquer sur l’IA. Et ça, c’est très important. 

En progressant dans la compréhension de la maladie, j’ai commencé à être plus pertinent dans mes échanges avec les chercheurs ; cette pertinence nouvelle m’a permis d’être un peu plus écouté, donc j’ai pu recevoir des commentaires constructifs, qui m’ont permis d’être un peu plus pertinent… jusqu’à ce que je soumette une hypothèse de recherche - réalisée avec l’appui de l’IA - qui attire l’attention d’un chercheur.

Ce déclencheur, que j’attendais depuis deux ans, a non seulement peut-être lancé une étude scientifique, mais il a également permis de démontrer la puissance de l’IA pour une pathologie aussi complexe que la SLA.

 

Depuis, nous avons découvert de nouvelles pistes de recherche, et ce n’est que le début. Grâce à Thomas, qui se reconnaîtra, nous avons monté une équipe d’experts IA de haut niveau, avec qui nous avons commencé à travailler. En quelques jours, nous avons fait « mieux qu’un PhD en deux ans » (je cite). Lorsque nous avons présenté le rapport aux chercheurs, je crois que nous avons fait quelque chose d’important. Le travail n’est pas terminé, nous sommes en train de creuser une nouvelle base de données pour confirmer ou infirmer l’analyse. Si nous pouvons confirmer, c’est un grand pas vers une meilleure approche pour traiter Charcot. 

 

Tout ça pour vous dire que vous ne soupçonnez pas le potentiel que vous pourriez avoir en vous focalisant sur un seul grand problème. 

Si un orang-outan comme moi peut faire des choses utiles rien qu’en bougeant ses yeux, vous pourriez bien sauver le monde !

 

ALORS, ÇA ROULE ?

 

Peu! Mais je suis remonté sur le vélo pour faire… 2 km. Dans la douleur, l’énervement et la jambe droite qui voulait vivre sa propre existence, loin de la jambe gauche. Essayez donc de pédaler avec une jambe à 90° par rapport à l’autre. Au moment où j’écris ces lignes, je ne suis pas chez moi et je ne peux pas faire les quelques kilomètres manquants pour arriver à 200. 

Cela dit, il semblerait bien que faire un peu d’exercice physique modéré soit bénéfique pour ralentir la maladie. J’ai travaillé sur le sujet, et mon neurologue m’a confirmé, étude très récente en main, ce que mon IA a inféré. Il faut donc que je continue.

 

VOUS ÊTES DES HÉROS 

 

Car vos abonnements philanthropiques permettent d’atteindre la somme de :

 

274 000€

 

Faites passer à un ami, qui le fera passer à un autre ami, et ensemble, explosons Charcot !

 

DES NOUVELLES DU FRONT

 

Première nouvelle : afin de financer les travaux de recherche, j’ai eu une idée qui, vous me direz, peut être une bonne idée. Si vous n’aimez pas, vous pouvez me le dire, mais gentiment hein.

Cette idée, c’est Les Dîners de Bons.

Le principe est simple : vous dînez avec vos stars préférées, dans un bon restaurant, en petit comité.

Pour cela, vous faites un joli don pour la recherche.

Ce qui vous rend mécaniquement « Bon ».

Le premier Diner de Bons sera en compagnie de…Eric et Ramzy !!

Fous rires garantis, je vous le promets. Si je peux, je serai là.

Un grand merci à eux pour leur soutien indéfectible. Les gars : je vous aime.

 

Comme vous êtes déjà une sacrée communauté de gens sympas et généreux (bon, même si vous êtes nombreux à être abonnés sans avoir donné un euro), je vous propose de vous inscrire, si vous le souhaitez, en avant-première pour ce premier Dîner de Bons.

Il n’y aura que 10 places. Une table d’amis. Avec Eric et Ramzy.

Montant du ticket : 5000€, déductibles de vos impôts. Ce qui revient en vrai à environ 1600€ la place. 

Je sais, c’est pas donné. Mais :

  • la recherche non plus 

  • Eric et Ramzy, quoi !!

  • Vous n’aurez pas d’autres chances de diner avec eux.

 

La date n’est pas encore fixée, mais si vous m’envoyez un message pour réserver une place, vous serez prioritaires. Indiquez simplement dans l’objet « Dîner de Bons- Eric et Ramzy », et vos coordonnées dans le mail, pour pouvoir vous appeler.

Dans quelques jours, nous allons ouvrir les réservations pour tout le monde, n’attendez pas trop longtemps !




Revenons à la recherche.

Avertissement: les lignes ci-dessous sont réservées aux acharnés de la recherche scientifique. L’idée est de vous renseigner sur les dernières avancées contre la SLA. 

SEALS / NX210c — j’ai été cobaye !

La biotech lyonnaise Axoltis Pharma teste une molécule appelée NX210c — un peptide inspiré d’une substance naturelle que le cerveau des nouveau-nés produit pour construire leur système nerveux. L’idée : redonner à mes motoneurones l’énergie d’un bébé de six mois. Je ne suis pas sûr que Pia apprécierait qu’on lui vole ses protéines, mais on verra ça entre nous. L’essai SEALS a démarré fin 2024, avec 80 patients (dont moi) dans une quinzaine de centres, et les résultats sont attendus au deuxième semestre 2026. Dans quelques mois donc. Je serai là. J’ai hâte de savoir si j’ai eu le placebo ou non. 

QALSODY — LA GRANDE PREMIÈRE, ET LE GRAND CAFOUILLAGE FRANÇAIS

C’est la nouvelle de ces derniers mois. Le Qalsody est la première thérapie commercialement disponible dans l’Union européenne ciblant une cause génétique de la SLA. 

L’enquête ARSLA 2025 documente une stabilisation fonctionnelle chez 72% des patients traités, et des améliorations ciblées chez 28% d’entre eux — marche, motricité fine, respiration. 

La FDA l’a validé. L’EMA l’a validé. L’Italie le rembourse. L’Allemagne aussi. Et la France ? En France, le médicament n’est accessible qu’en accès compassionnel jusqu’au 20 mai 2026, le temps que la HAS daigne se prononcer sur son remboursement. « Elle est oùùù, Jeanne ? »

On ne se refait pas.

Je précise : le Qalsody ne concerne que les formes génétiques SOD1, soit environ 3% des cas. Pas mon cas. Je préfère préciser, étant donné la dizaine de messages que j’ai reçus m’indiquant que j’étais sauvé. 

Mais c’est une preuve de concept monumentale : cibler une cause précise fonctionne. Et ça, c’est une révolution. 

JACIFUSEN — LE QALSODY DU GÈNE FUS

Dans la même logique, un oligonucléotide antisens appelé Jacifusen, ciblant les formes SLA liées au gène FUS, a été publié dans The Lancet en 2025. Même stratégie : identifier la cause, neutraliser à la source. La maladie n’est pas une seule bête, c’est une meute, constituée à 97% d’une bête « sporadique », aux origines inconnues et, elle aussi, divisée en plusieurs espèces de maladies. On apprend enfin à les chasser une par une. Lentement. Trop lentement. Mais on apprend. 

MIROCALS — ET SI C’ÉTAIT LE SYSTÈME IMMUNITAIRE, LE PROBLÈME ?

L’essai européen MIROCALS a évalué l’interleukine-2 à faibles doses sur 220 patients. L’interleukine-2, c’est une protéine que notre corps produit naturellement pour réguler le système immunitaire. L’idée : lui donner un coup de pouce pour qu’il arrête de regarder les motoneurones mourir les bras croisés, comme un parisien devant un accident de vélo. Un sous-groupe de patients présentant certains biomarqueurs a montré une réduction de plus de 40% du risque de décès. 40%.

Les chercheurs que j’ai interrogés sont globalement très sceptiques quant à l’interleukine, évidemment; ils ont certainement raison là encore. Mais ils ont parfois tort. On verra. 

PREVAÏLS — UNE NOUVELLE MOLÉCULE EN PHASE 3

Début 2026, un essai de phase 3 a commencé à recruter des patients pour tester la pridopidine chez des personnes atteintes de SLA précoce et rapidement progressive. La pridopidine est issue de l’essai plateforme HEALEY — ce modèle américain brillant qui teste plusieurs molécules simultanément sur une infrastructure partagée. On aurait dû y penser avant. Mais bon, on n’avait pas pensé à grand-chose sur la SLA depuis 1995, d’où l’Institut Charcot. 

STAUFEN-1 — UNE NOUVELLE CIBLE, ET UN NOM QUI CLAQUE

Des chercheurs de l’Université de l’Utah ont découvert que réduire les niveaux d’une protéine appelée STAUFEN-1 peut empêcher la mort des neurones causée par des dommages à l’ADN. En clair : les motoneurones s’autodétruisent en activant un programme-suicide. On vient peut-être de trouver comment désamorcer la bombe. C’est préclinique, c’est sur des souris, et comme je vous le disais dans la deuxième lettre, ce qui marche sur les souris ne marche que 10% du temps sur l’humain. Mais Staufen-1, rien que pour le nom, ça méritait d’être mentionné, on dirait une mission de la NASA. 

LE DIAGNOSTIC PRÉCOCE — LA VRAIE RÉVOLUTION SILENCIEUSE

Celle-là, je la trouve fascinante. Des chercheurs ont développé un test sanguin très précis, basé sur une signature protéique unique, qui pourrait permettre de diagnostiquer la SLA jusqu’à dix ans avant l’apparition des premiers symptômes. Dix ans.

Le temps de traiter avant même que la destruction commence. Moi qui ai mis des mois à être diagnostiqué, pendant lesquels la maladie avançait tranquillement, cette perspective me rend à la fois fou de rage rétrospective et sincèrement optimiste pour ceux qui viennent après. 

SLIA  — MA PETITE CONTRIBUTION 

J’ai lancé SLIA — SLA & Intelligence Artificielle — parce que je croyais, et je crois toujours, que l’IA peut réduire drastiquement les délais de recherche. En juin 2025, le Longitude Prize a lancé un prix de 7,5 millions de livres sterling pour encourager spécifiquement le développement d’approches basées sur l’IA dans la découverte de traitements contre la SLA. Le monde entier arrive à la même conclusion.

Je ne dis pas que j’avais raison avant tout le monde.

Si. Un peu.

 

Vous voyez ? Ça sert à tout ça, vos abonnements philanthropiques.


COMME C’EST PITTORESQUE 

 

Je vais faire très bref, sinon vous allez devoir poser un RTT pour lire mes niouzeletters. En bref donc :

 

  • J’ai rencontré les 3 pilotes français de F1. Et je n’ai pas pu ni leur serrer la main, ni leur parler. Alors que j’avais une vanne qui me faisait rire tout seul. C’est pas pittoresque, ça ?

  • Je bosse tellement que, sans même me stresser, j’ai acheté une maison, sans la visiter et sans avoir le budget. On va donc déménager en Vendée, et Pioupiou pourra marcher pieds nus dans l’herbe du jardin. La SLA fait vraiment passer les tracas du quotidien au second plan, c’est fou. Avant, j’aurais fait 12 ulcères pour signer ce compromis. Moralité : les choses ne sont pas vraiment toutes importantes. Mais je suis heureux de pouvoir mettre ma petite famille à l’abri. 

  • Ma fille de 8 mois est devenue déjà plus forte que moi. Elle rampe mieux que moi. Elle a plus de poigne que moi. Et elle articule mieux que moi, alors qu’elle ne maîtrise que les sons « gaga » et « papapa », et parfois « iiiiiih ». Je me sens vraiment nul.

  • Mes amis du Taekwondo m’ont fait une magnifique surprise en œuvrant en coulisses avec la Fédération française pour me donner une ceinture noire officielle. Je l’avais passée au club, mais pas à la Fédération, c’était prévu, puis…SLA. J’ai une chance incroyable d’avoir des amis pareils. C’est une injection directe de force. Merci les amis. Vraiment.

 

CE QUE VOUS POUVEZ EN RETENIR 

 

La vie est une sorte de grande blague, ne la prenez pas trop au sérieux. Choisissez un problème qui soit important pour vous et pour le monde. Et plongez vous dedans, à corps perdu. 

Et venez diner avec Eric et Ramzy !



1 commentaire


Anna Damas
Anna Damas
28 avr.

J'adore votre humour ! Et votre force de croire, tellement forte qu'on a aucun doute sur le fait qu'on va trouver (enfin les chercheurs vont se transformer en trouveur, c'est mieux) ! Merci de nous faire passer un excellent moment.

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